vins

Mâcon Live (le revers de la médaille)

17 avril 2014

Samedi, dans mon jury, l'un des jurés est une jurée. Alsacienne. Presque une soeur, quoi. Elle prend la dégustation en main, et commence à nous donner des consignes. Comme à ma connaissance elle n'a pas été légitimement élue je ne vois pas pourquoi je m'y soumettrais, ça me chatouille légèrement. Ensuite elle nous explique avec application, et on se sent un brin crétin, ce que sont les crémants d'Alsace, comment fonctionne le concours de Mâcon, et notamment comment faire en sorte qu'un vin qu'on apprécie obtienne la médaille d'or, puisqu'à Mâcon les jurés n'attribuent pas de note (OK ça devient un peu technique, mais ne lâchez pas l'affaire, même si vous n'êtes pas expert vous allez comprendre la suite).

Elle dit posément : "Ce qu'on va faire, c'est que si on aime vraiment un vin, à la fin on se met d'accord et on coche tous "excellent" dans la grille comme ça on est sûr qu'il aura la médaille d'or". Je lui réponds "Non".

A ce moment précis, je vous promets qu'elle bogue. Je vérifie que j'ai bien compris, parce que depuis le début j'ai l'impression qu'on n'est pas dans le même espace-temps. Elle me réexplique la même chose, je lui réponds que ça m'est impossible, car si pour moi un vin est juste "très bon" je ne vais pas finalement le noter "excellent" parce que les autres jurés l'ont décidé. Elle se prend la tête entre les mains, je crains qu'elle ne s'arrache les cheveux, ou qu'elle m'arrache les yeux, et donc j'envisage de partir en courant, parce que d'un coup, je trouve qu'elle a l'air un peu Dexter quand elle me regarde. Je lui dis en souriant, et je conçois que ça n'arrange rien : "on ne vous a jamais dit que vous étiez un peu autoritaire?" (hé les amis, c'est moi qui dit ça). Elle rétorque : "ça ne me dérange pas". C'est une réponse intéressante et drôle, qui me conforte cela étant dans le pré-diagnostic énoncé plus haut.

Et là, elle dit : "ce sont les consignes de l'interprofession, il faut qu'on soit sûr que les vins aient des médailles et donc si c'est le meilleur, c'est normal qu'il ait l'or". je comprends bien les objectifs de l'interprofession, mais perso, ça me laisse de grès ou de granit.

Ou plutôt non : je me revois quand je n'y connaissais rien, et que j'achetais des vins médaillés, et je me sens rétroactivement flouée.

J'obtiens finalement que chacun puisse noter les vins en son âme et conscience, elle fulmine. Le 3e juré, dont c'est le premier concours, doit se dire qu'on est fêlées (le 4e a senti le coup et ne s'est pas présenté). Cette stratégie d'entrisme dans les jurys me met très mal à l'aise. Ce qui est très bête, au fur et à mesure de la dégustation, c'est qu'on n'est pas loin d'être d'accord sur les vins. A la fin, toutefois, je ne coche pas excellent sur le vin qu'elle a préféré. Une fois déshabillée, la bouteille en question s'avère être issue d'une grosse maison qui truste les rayons de la grande distribution.

Ben vous savez quoi? Si à cause de moi, ils n'ont pas l'or 1/ils n'en mourront pas. 2/finalement j'en serai fière.

Ah, j'ai oublié de vous dire : on dégustait les crémants d'Alsace. Et comme aurait dit mon grand-père Daeschler : "c'était pas mauvais".

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